dimanche 2 janvier 2011

Le cep taillé


La brume s'alourdit en une fine pluie, imprimant un gris hamonieux au bleu crépuscule du soir qui tombe.

Les sarments serpentent entre les herbes et les jeunes chênes verts, difficultant une marche pourtant agréable dans cette vigne abandonnée, dont la terre sableuse et humide cède sous le pas, sans excès ni lourdeur.
Soudain, un cep accroche mon attention par sa forme massive dégagée du fouillis des sarments qui ont été sectionnés nettement par un sécateur. Un cep, un seul a été taillé... L'image est forte, seule esthétique humaine dans cette terre retournée à la logique naturelle d'enchevêtrement sauvage.
J'imagine l'homme. Venu voir sa vigne. Un rendez-vous programmé, différé peut-être durant ces années d'abandon. Un gel têtu et sévère avait eu raison de la partie aérienne des plants, durant l'hiver 2007-2008. Les quelques vignes de cette région montagnarde avaient alors été laissées en friches. Trop de tracas pour les vieux qui les entretenaient encore.

Cet homme est pourtant revenu avec un espoir aussi impérissable que sa vigne. Des racines avaient repoussé des sarments. Il le savait. Il était venu reformer les ceps, revitaliser sa terre. Que s'est-il donc passé ? Qu'a-t-il vu, ou senti, en regardant vers le haut de la pente les lignes confuses, la guérite en pierres fendue, les traces du chevreuil, ou la pierre tombale du mur gisant dans la pinède envahissante... ?
Peut-être a-t-il pensé que ses forces faiblissantes ne pourraient plus lutter contre cette "maleza", désordre malfaisant de la nature.



Je reste perplexe devant ce cep taillé.

Spectacle mélancolique, paisible et sensible en ce début d'année. La pluie s'intensifie. La nuit est tombée. Je rentre nourrie d'images et de sentiments tendres pour l'homme et ce coin de nature retrouvée.


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